Tous atypiques
Une épidémie de diagnostics et d’auto-diagnostics est en cours : TSA, TDAH, HPI, etc. Les sujets arrivent nombreux en consultation avec la demande d’une telle confirmation. A l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle au savoir disponible sur simple requête, les réponses existentielles semblent devancer les questions de nos contemporains.
Le diagnostic est désormais à la portée de tout le monde, d’abord du sujet lui-même, mais aussi de l’enseignant qui suspecte quelque chose à cet enfant qui agite sa classe, à la meilleure amie qui vous verrait bien souffrir du même trouble de l’attention qu’elle. Paradoxalement, jamais on n’a autant clamé sa différence, autant revendiqué son droit à l’auto-détermination. Je suis ce que je dis, avait indiqué Jacques-Alain Miller, faisant de cette formule le paradigme d’une mutation civilisationnelle, dans le champ du genre, mais aussi du fonctionnement psychique. Là où était le déficit redouté, advient désormais la différence, celle qui donne ce petit truc en plus. En se généralisant, ce qui était l’exception devient la norme. De nouveaux termes apparaissent comme celui de neuro-atypique, qui fait de l’autiste un individu plus original que le neuro-typique, si banal, ouvrant au risque d’un suprémacisme [1].
Comment faire usage du diagnostic dans la clinique ? Ce fut l’objet de notre année de travail au Collège clinique. Le premier enseignement de Lacan s’appuie sur la structure pour faire valoir l’universel du Nom du père, selon qu’il est présent, dans la névrose ou absent, dans la psychose. Son dernier enseignement, en pluralisant le Nom du père, fait de la singularité une boussole. Ces deux temps de l’enseignement de Lacan ne s’opposent pas mais se complètent. Là où la névrose était la norme et la psychose l’exception, la névrose devient un cas particulier de la psychose généralisée. Tout le monde est fou.
La singularité se différencie du particulier (celui des classes cliniques) en ce qu’elle relève de la façon dont, pour chaque sujet, un nouage unique en son genre opère en lieu et place du Nom du père, afin de faire tenir ensemble les trois registres du réel, du symbolique et de l’imaginaire. En cela, nous sommes tous des exceptions. Néanmoins, loin des effets ségrégatifs de l’auto-détermination, la psychanalyse opère : gain de savoir, rebroussement du symptôme en effet de création. C’est une pratique qui vise « la différence absolue [2]» et « le point sujet de l’individu [3]».
Tous atypiques, c’est sous cette formule que notre Journée + 1, point d’orgue d’une riche année d’enseignement, nous mettra au travail. Guy Briole nous fera l’honneur de sa présence et donnera une conférence. Il sera le fil rouge de cette journée lors de laquelle vous entendrez des cliniciens orientés par la psychanalyse, présenter des cas issus de leur pratique, en cabinet, en consultation ou en institution. Nous espérons vous y accueillir nombreux !
Agathe Sultan
[1] Cf. Miller J.-A., « Préface », in La Différence autistique, Maleval J.-Cl., Paris, PUV, 2021, pp. 5-14.
[2] Cf. « Le désir du psychanalyste n’est pas un désir pur. C’est un désir d’obtenir la différence absolue. », in Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 248