Le film Sick of myself a convoqué plus d’un regard, ce 3 juin, au cinéma l’Univers. Convoqué en ce qu’une fois l’œuvre engagée, une série d’images marquantes, parfois couleur sang, s’impose à nous, bousculant les frontières de la morale au profit de la monstration d’un malaise contemporain.
Comme l’ont relevé Soline Massart et Josselin Schaeffer, le premier temps du film peut nous conduire à une certaine identification à cette jeune femme, Signe, en peine avec ces petits autres qui détournent le regard de son existence. Sa relation amoureuse ne vient pas faire exception ou barrage à ce sentiment : elle est liée à Thomas, artiste, s’inscrivant lui aussi, à sa manière, dans une quête effrénée de reconnaissance. Semblables, et ainsi adversaires, ce couple — qui serait aujourd’hui qualifié de « toxique » — ne peut s’extraire de cette dualité imaginaire, ni par les mots, ni par l’art. L’identification au personnage principal de Signe trouve alors un point d’arrêt lorsque, elle, n’en trouve aucun ; celle-ci se tourne vers des prises de médicaments visant à mutiler son visage à l’extrême, lésions qu’elle cherche à exposer par tous les moyens afin qu’on lui prête, voire qu’on lui dévoue, toute notre attention. Ces scènes témoignent combien le donner à voir à outrance et l’apparente transparence ne riment certainement pas avec ce qui fait vérité pour un sujet. Quand les artifices du symbolique s’épuisent, soit que sa parole pavée de nombreux mensonges ne lui suffit visiblement plus, en passer par l’inscription dans le Réel du corps devient dès lors son ultime recours.
Le réalisateur norvégien, Kristoffer Borgli, s’amuse du spectateur. Ce dernier se trouve placé entre embarras et suspension à un « jusqu’où ira-t-elle ? » ; il met ainsi en exergue l’intrication de la tyrannie du narcissisme à une jouissance sans borne, illimitée, où le sujet de la responsabilité se trouve évincé de la bataille. Ceci peut d’ailleurs faire écho à ces petits mots de Gassel : « Le sacre de la gloire est de continuer dans l’abattement de la chair / quelques échauffourées d’allants. »(1).
Lors de la discussion, plusieurs personnes ont partagé leurs lectures singulières du film, montrant que l’œuvre de Kristoffer Borgli aurait pu être mise en lumière par d’autres projecteurs et traversée par d’autres regards que celui proposé ici.
Zélie Menu
1. Gassel, N. (2009). Abattement, morphologie d’artiste. Maelströms, p.93.