Après-coup de la journée +1 du Collège Clinique de Lille

Journée-plus-une « Tous atypiques » – Après-coup
TDAH, HPI, TOP…telles sont les nouvelles nominations à qui inondent aujourd’hui le discours des institutions et qui, passées de surcroît dans les rets du discours commun, redoublent la tentative de recouvrir toute pensée qui viendrait les questionner. En un mot donc– soulignons plutôt, une juxtaposition de lettres – TOUT dire. Tout dire, tout pré-dire de l’origine à l’avenir. Le diagnostic fait désormais signe pour l’expert de la marche à suivre. Véritable signal de lancement d’un ensemble de protocoles pharmacologique, rééducatifs, il est aussi le sésame indispensable pour les familles pour toute ouverture de droits et d’accès aux dispositifs spécialisés. La boucle se referme sur elle-même.

Dans ce système qui se rêverait clôt, des questions se font plus vives pour celui qui s’oriente de la psychanalyse. Quel usage du diagnostic en psychanalyse ? Quelle fonction revêt-il pour le sujet ? et quelle est la place de la psychanalyse aujourd’hui ? Telles sont les interrogations que ce nouveau cycle d’activités du Collège Clinique de Lille a mis au travail et que cette journée + 1, en compagnie de Guy Briole, psychiatre, psychanalyste, membre de l’ECF, de l’ELP et de l’AMP, sera venue conclure sur le ton d’une conversation joyeuse et bien vivante.

Du rapport de la psychanalyse à la psychiatrie

C’est d’ailleurs et avant tout, nous rappelle Guy Briole, à partir de conversations cliniques, soit au lit des malades, que les grandes classifications nosologiques dégageant la dimension universelle des maladies mentales ont pu être construites. Et c’est à partir de ce qui résistait à y être enserré que la psychanalyse est née, s’orientant non plus de ce qui faisait signe pour le médecin mais de ce qui faisait symptôme pour le sujet. A l’harmonie promue voici donc que la psychanalyse s’arrête et s’appuie sur ce qui fait désordre et non-sens. La position auprès du malade change, les dires du sujet sont ce qui oriente le psychanalyste. Un déplacement s’opère donc avec la psychanalyse de l’œil à l’oreille et avec lui, un passage de l’universel du malade vers ce qu’il y a de plus singulier chez le sujet. « Il y a du sujet à chaque fois que l’individu se disjoint de l’espèce, du genre, du général, de l’universel »(1) nous dit Jacques-Alain Miller. Et c’est avec ce désir d’entendre le sujet au-delà du malade qu’ont été tenues les conversations cliniques de la matinée, nous rappelant par ailleurs que le diagnostic est une affaire de temps.

Le psychanalyste, un sujet concerné et engagé

Avoir les esgourdes appropriées comme disait Lacan relève d’une position éthique du clinicien qui s’engage auprès du sujet, tout en se prémunissant, nous rappelle Guy Briole, d’un savoir pré-établi qui ferait du sujet un objet d’étude. « Le fait que nous tendions maintenant de moins en moins à les isoler [les fous] ça veut dire que nous y mettons d’autres barrières, d’autre murailles… dont en particulier ceci que nous les considérons beaucoup plus – c’est- là justement la pente psychiatrique – beaucoup plus comme objet d’étude que comme point d’interrogation » (2) indiquait Lacan dans son petit discours aux psychiatres. A préserver cette position de doute là où d’autres tentent d’imposer la certitude, le psychanalyste se voit exclu. « Extraterritorial ! nous dit résolument Guy Briole, c’est sa place et il a des choses à y faire ».
Julie Garcia, psychologue clinicienne


(1) MILLER J.-A., La signature des symptômes. La Cause du Désir, 96(2), 2017, p.112-120 
(2) LACAN, J.. Petit discours aux psychiatres [Conférence]. Formation du psychanalyste et... psychanalyse, Saint-Anne, 1967
Après-coup de la journée +1 du Collège Clinique de Lille