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Sur le Vif #2

Comment transmettre quelque chose de cette très sympathique, deuxième Conférence, de

notre cycle, à la Maison de la Vie Associative de Reims ce samedi 6 décembre 2014 après-
midi sur le thème général de « Génération connectée, actualité de la clinique » et le titre du

jour « Infortunes de l’amour, du virtuel au réel » développé brillamment par Claude

Parchliniak, psychanalyste de l’ECF à Lille ? Je vais essayer d’attraper quelques bribes de

l’articulation de l’exposé et transmettre quelques manifestations du public.

D’abord je mentionne ce film de l’année 2000 très intéressant : « Thomas est amoureux » du

réalisateur belge Pierre Paul Renders qui sert d’appui à notre conférencière. Malgré ses

différents prix, Grand Prix du Jury, prix du Festival du Film Fantastique en 2001, il n’a pas eu

un grand succès commercial mais il se trouve être pourtant très visionnaire de la situation

actuelle.

Thomas, la trentaine, est victime d’une sérieuse agoraphobie qui l’oblige à rester cloîtré.

Personne n’est entré chez lui depuis 8 ans, il ne sort pas non plus de chez lui. Il est en lien

aux autres uniquement par écran relié au téléphone. A regarder ce film nous devenons

comme Thomas spectateur devant l’écran !

Sa vie se trouve entièrement gérée et dans le même temps contrôlée par une équipe d’une

Compagnie d’assurance privée (la Globale), son psychologue comportementaliste étant lui-
même sous la hiérarchie de celle-ci. Malgré l’inscription à un club de rencontres, l’assistance

d’un service de prostituées pour handicapés et la pratique du Cybersexe Thomas s’ennuie.

Ce cadre bien formaté va pourtant rencontrer un point de butée. Thomas tombe amoureux

d’Eva, infirmière prostituée qui apparaît sur l’écran, les larmes aux yeux et qui dit non à

toutes ses demandes... « Il vous faut une vraie femme ! » lui dit-elle. Thomas fait feu de tout

bois du point de vue de la jouissance mais pour autant cette jouissance fait énigme pour lui,

et il reste arrêté par les larmes d’une femme à l’écran.

On peut distinguer deux types de satisfaction, d’un côté il y a ceux qui s’installent dans un

retrait pathologique (Hikikomori au Japon) acceptant des rencontres uniquement virtuelles

et d’autres à l’inverse qui ont des rencontres dans la réalité avec des partenaires multiples.

Ils témoignent chacun du paradoxe de la satisfaction.

De plus l’idéal et la jouissance se trouvent souvent en discordance. Le sujet peut avoir envie

de rencontrer une personne par internet pour parler alors que dans la confrontation réelle

rien ne va plus, le désir n’est plus au rendez-vous.

Aujourd’hui le nombre de réseaux sociaux connectés à internet explose et le désir humain

qui n’a rien de l’instinct, mais plutôt à voir avec le fantasme, cherche à s’investir en

« transitant » par le virtuel. Il y a aussi l’émergence récente en France des Neko café ou bars

à chats où la rencontre se fait par l’intermédiaire des chats !

Les divers logiciels, les « applications » se font la guerre, Happn (français) rivalisant avec

Tinder (américain). Pour l’un il s’agit de rencontre sexuelle avec bla bla et pour l’autre de

rencontre sexuelle plus directe sans bla bla ! « L’appli » est censée nous aider à rencontrer

l’amour. Il s’agit d’une géolocalisation des utilisateurs avec Happn, avec Tinder le choix se

fait à partir de photos de partenaires possibles que l’on fait défiler sur son portable et qui

sont à choisir ou à effacer !

Claude Parchliniak évoque le documentaire « Love me Tinder » réalisé par les reporters

France Ortelli et Thomas Bornot, diffusé sur France 4 le 17 Novembre dernier. Il s’agit d’un

reportage en immersion de deux célibataires pendant 3 mois et donc d’une confrontation

directe avec les impasses du rapport entre les sexes (Cf. le non rapport sexuel de Lacan).

Claude Parchliniak nous renvoie aussi à « L’amour liquide : De la fragilité des liens entre les

hommes » livre de Zygmunt Bauman sociologue (né en Pologne en 1925)

Si dans la Silicon Valley chaque jour s’invente un mode de rencontre nouveau, les scénarios

traditionnels se périment et l’amour devient liquide avec l’immédiateté du virtuel et avec les

rencontres localisées (sur le principe de retrouver une personne que vous avez croisée et

repérée dans votre quartier parce qu’elle vous plaît !). Ceci nous éloigne évidemment du

rapport à la parole préconisée par Lacan qui engage chacun à sa façon avec des

conséquences et des risques.

La conférencière nous a également évoqué un cas clinique.

La discussion après la conférence a été très nourrie avec de nombreuses interventions car le

thème traité ne laisse pas du tout indifférent.

Les différentes pratiques des applis d’internet sont évoquées : la pratique soutenue des

rencontres uniquement sexuelles des homosexuels par exemple et celle des très jeunes gens

qui préfèrent la relation par internet par Skype où on se rencontre tous les soirs pendant

des mois, mais où on ne se rencontre pas dans la réalité, évitant ainsi d’être déçu par un

ratage. Il ya des remarques comme : chacun son profil, il y a le plan de la jouissance sexuelle

et celui de l’amour courtois. De même : faire défiler les photos de partenaires éventuels ne

mènent pas forcément à contacter les personnes et à concrétiser la rencontre. Ainsi on peut

utiliser Tinder « pour de vrai » ou « pour de faux » comme disent les enfants !

Le plus souvent les personnes n’ont pas vraiment idée de ce qu’elles cherchent dans ces

rencontres. Est-ce combler un vide pour se soutenir dans l’existence ?

Dans le documentaire de France 4 cité il y a un ravalement de la rencontre sur la pure

sexualité, avec au bout du compte une perte de sens, « ça ne veut plus rien dire ».

Ce qui est intéressant c’est de voir « comment la technologie vient se glisser dans la

clinique », comment un sujet peut mettre à l’épreuve, avec son corps, la rencontre avec

l’autre.

Il est important de discerner « le rapport du sujet à l’écran », les personnes disent souvent

que chez eux ou au travail « elles ne pensent qu’à ça ! ». Et un symptôme peut se constituer

à partir d’internet.

Il peut y avoir des personnes plus attachées « à la dimension frontale de l’écran qu’aux

rencontres qu’elles font » surtout quand il y a passage d’un ratage de la rencontre à l’autre,

on s’empresse d’oublier le ratage pour recommencer.

La question s’est posée de savoir à quelle réalité on avait à faire avec les jeux vidéos car les

règles du jeu s’y inventent. Avec internet et ses multiples réseaux de rencontres se

déplacerait-on comme dans un jeu vidéo avec des règles qui se constituent au fur et à

mesure ?

Et reste la question de savoir « quel degré de croyance on attribue au rapport avec l’écran »,

de chacun au un par un. « On peut y croire mais sans adhérer » selon l’expression de

Jacques-Alain Miller !

Je vous quitte sur cette question. Pour ma part j’ai beaucoup appris de cette conférence !

A bientôt pour les prochaines rencontres : le 31 janvier, le 28 mars et le 6 juin 2015 à 14 h30

à la Maison de la Vie Associative.

Brigitte Gauin